Étrangement, je garde au fond de moi, des souvenirs poussiéreux, et pourtant bien précis de ma débauche sentimentale qui a perduré sur trois ans.

Réduite à l'aveuglement amoureux dès l'âge de seize ans, les yeux crevés par la passion par un bel étalon trentenaire aux beaux yeux émeraudes, qui m'avait initié au monde de la nuit, et surtout à la cruauté humaine, j'avais affronté bien de déconvenues, ma vie était une tempête houleuse de déboires et d'inimitiés pourtant j'étais si jeune.

A ce sujet, une tante, que je considère comme ma seule et unique confidente et qui ne m'a jamais jugée, m'eut un jour confié que j'avais vécu plusieurs vies malgré mon jeune âge, ce à quoi je ne versais aucune larme, ne trouvant rien à répondre non plus, toute aussi alerte de mon insertion dans la vie adulte chaotique.

 

De fait, je marchais continuellement sur un fil de rasoir tranchant et déséquilibrant, si bien qu'aujourd'hui, les paumes de mes pieds sont deux plaies saignantes, partiellement cicatrisées, en ce sens, je fais désormais attention vers où je vais pour ne pas m'écorcher plus que je ne le suis déjà. Et de ce fil de rasoir, en voulant faire la funambule alors que j'en avais pas les capacités, j'en suis tombée la tête la première, face contre terre.

 

Un jour, je me souviens que c'est le coeur en émoi, que je lui demandais si les sentiments les plus chers au monde que je ressentais pour lui étaient réciproques. 

A cette question, l'individu éclaira ma pensée en couvrant mon visage poupin de baisers humides et parfumés de son odeur, il me souffla ensuite dans le creux de l'oreille en encadrant ses mains sur mon cou:

-"Tu es à moi"

Aussitôt alors, je crevais d'espoirs vains et retombais encore plus profondément dans les abymes d'un puit sans lumière d'amour.

Ou du moins, un puit uniquement éclairé d'un reste de semi-conscience, luisant faiblement comme une infime étincelle, et qui s'embrasa quelques semaines après avoir appris que l'individu avait un enfant (Cf: La Rupture du premier amour). 

A la suite de cette fracassante découverte, j'étais plongée dans un coma éveillé, une sorte d'état végétatif dans lequel je n'avais plus aucun état d'âme, ni désir, ni volonté de vivre, ni même la force de vouloir mourir.

Un bourgeon. 

De son côté, lui, me bombardait de messages pour se racheter, les poches pleines de promesses.

Néanmoins j'étais arrivée à un tel stade de non-retour que toutes ces paroles mielleuses retentissaient uniquement comme des échos sourds, lointains et insignifiants au fond de mon coeur fermé comme une huître.

Ainsi, je restais paradoxallement morte et vivante des jours entiers, avec comme seule indication du temps la lumière du jour.

Jusque un jour, où ma mère me gifla après s'en être retenue des semaines entières, et m'extirpa de mon lit pour m'envoyer acheter de l'huile à Carrefour.

Dans un état de ruine, je pris une douche brulante, l'effet de l'eau me fit ressentir une sensation galvanisante, je me dirigeais alors lentement vers le centre-commercial en étant agressée par les rayons de soleil qui m'aveuglaient comme des lasers pointés droits au fond de mes pupilles.

Et très subitement, l'air se fit lourd, des étoiles filantes défilèrent dans ma tête et tapèrent à toutes les parois de mon cerveau, mes jambes chancellèrent à terre, et je tombais les genoux contre le bitume, ne pouvant plus me controler physiquement bien que ma conscience semblait vouloir s'éveiller de nouveau et me signifier quelque chose:

 

A ce moment bien précis, l'ensemble de mon corps s'effondra, à terre, la première pensée erupta hors de ma conscience après des semaines d'inertie cérébrale, je pensais mot pour mot:

"Tiens... j'ai envie de chier".

Après cela, toujours aussi mal allongée contre le sol froid et inconfortable, je fus prise d'un fou-rire endiablé, j'ai même failli m'étouffer tellement que je n'arrivais plus à reprendre ma respiration.

Après des minutes à rire, je me relevais presque d'un bond, et décidais de faire payer au prix cher tout ce que m'avait infligé mon bourreau, ce prix là était simplement celui du silence, froid et funeste, j'eus retenu de cette désarmante leçon de la vie qu'il fallait rendre coups pour coups avec les hommes.