87849395_p

 

Mon histoire avec Musclor fut un chapitre de ma vie assez douloureux, chaque fois que je me retrouvais face à lui, j'étais bouleversée par le bleu de ses yeux reflétant le mystère et la chaleur d'un regard sincèrement amoureux.

Même si je l'ai quitté par ma propre décision, ma vie s'est effondrée.

Les premiers symtômes de ma dépression furent des feuilles de papier. J'avais pris pour habitude de composer des poèmes d'amour sur des feuilles comme une vielle mamie mélancholique, sauf que je finissais toujours par m'endormir sur ses feuilles.

Si bien qu'au bout de quelques mois, je dormais sur un lit de feuilles froisées, déchirées et éparpillées, j'avais l'impression de vivre dans une décharge.

Par la suite, je continuais mon cirque tragi-comique à vouloir dormir pour oublier, oublier cette faim mordante d'amour qui avait cisaillé mon coeur.

Passant le plus clair de mes journées en peignoir et en chaussons, je vivais dans un état végétatif, sans motivation particulière ni but, si ce n'est que des nécessités comme chier, bouffer, aller à l'école, écrire et dormir.

N'ayant plus envie de communiquer avec le monde extérieur, je tolérais néanmoins mon chat. Affalée sur le canapé, en manque d'amour, parfois je tendais une main faible de tremblante vers lui pour qu'il vienne me tenir compagnie.

Ce dernier me lançait toujours des longs regards méprisants et s'en allait sans autre forme de procès vers la pointe de ses petites pattes veloutées pour aller faire ses griffes contre le buffet, me jetant par dessus l'épaule des regards défiants et provocateurs.

Il finissait toujours par aller chier des longs filaments de merde noires et fétides dans sa litière.

Donc je restais allongée sur le canapé, et ça puait la merde de chat.

Complètement désespérée, je restais également des heures entières assise dehors à observer les gens défiler, bientôt je trouvais un carton et je restais avec les clochards à discuter du temps perdu et à refaire le monde.

De fait, tous les jours après l'université, ma seule activité stimulante était de m'installer avec mon carton dans la rue, je leur narrais des histoires et eux me partageaient les expériences de la vie.

Ils faisaient de la peinture, écoutaient de la musique d'opéra et partageaient le peu qu'ils avaient, bref il y en avait pour tous les goûts. 

Un jour, n'ayant plus la force morale d'entreprendre la moindre démarche, je me rendis à l'université dans un état catastrophique et alertant, c'est à dire vêtue de mon peignoir.

Même pas épilée, je marchais d'un air lent et suicidaire vers la fac avec le vent qui passait entre mes poils de jambes.

C'était la liberté d'avoir des poils, ce qui signifiait que j'étais donc retournée à l'échellon zéro de l'amour.

En voulant traverser la route, arrêtée à un passage piéton, je tombais face à face à mon reflet à travers la vitre d'une voiture stationnée en plein milieu du passage piéton.

 

Un coup de vent vint balayer ma mèche de cheveux frontale, et je me retrouvais les yeux dans les yeux avec mon propre-reflet.

Après des mois passés à faire la gueule et écrire des poèmes du 17 ème siècle, je me souriais à moi-même, pleine d'empathie.

L'important dans la dépression, c'est la volonté de vouloir s'en sortir. 

Une semaine après, j'étais redevenue la fille que tout le monde connait.

Une fille pleine de joie, toujours élégante et sophistiquée, mesurant mes mots, ayant toujours un petit sourire à offrir, et par dessus tout je foutais tous les poèmes composés à la sueur de mon désespoir dans un grand sac poubelle. 

Ni vu ni connu.