IMG_2478

 

 

Il revenait du rugby, je rentrais de la danse, il m'attendait en bas de mon immeuble, je lui sautais dans les bras. 

Euphoriques, jeunes et beaux. 

Mais comme c'était mon amant, j'avais peur.

Et lorsqu'il me chuchotait à l'oreille qu'il mourait d'envie de me serrer entre ses gros bras musclés, je scrutais craintivement l'horizon autour de moi, mon sang se glaçait et mon coeur se retournait comme une crêpe. Je souffrais d'amour.    

Chaque moment passé avec lui était un instant complètement coupé de la réalité, si bien que quand je retrouvais mon ex, le temps était long et ennuyeux, je n'avais plus d'appétit et je ne pensais qu'à Musclor jusqu'à se que mon esprit s'épuise.

Un jour, occupée à coudre un pantalon troué, mon ex fit irruption à la maison, plein d'entrain, il me donna cinq minutes pour me préparer. Haussant un sourcil, c'est avec l'enthousiasme d'un tigre devant un steak de soja que je délaissais ma couture d'un geste lent. 

Mon ex m'emmena au restaurant, à Paris, face à face avec ce menteur, je l'observais d'un oeil mauvais avec sa belle montre au poignet, son sourire mielleux et son regard reflétant la malice.

Après le plat, il passait sa main froide sur la mienne, il me demanda d'un air inquiet:

"Qu'est ce qui ne va pas?"

Je pensais à Musclor.

Ravalant mon sanglot, je tentais de prendre un air détaché et de hausser les épaules. Quelque chose de glacé vint se loger au creux de ma paume, c'était une bague.

Il retira sa main, j'ouvrais la mienne et je vis une bague en or cernée de mille petits diamants qui scintillaient comme des milliards de feux d'artifices à travers mes yeux de pauvre.

Soulevée par l'ébahissement total, ma bouche coulissa vers le sol marbré du restaurant, sensation témoignée par la présence d'un long filament de bave qui s'échappa hors de ma bouche.

C'était l'ivresse matérielle qui vint chier une pluie de merde sur tous mes principes moraux, j'étais dans la merde jusqu'au cou.

Quelle bassesse, après m'avoir trahie, il jouait tirait sur mes cordes sensibles, comme si on venait chatouiller les couilles d'un tétraplégique avec une plume pour l'embêter.

-Est ce que tu veux être la mère de mes enfants? 

D'un coup, je fus émue.

Pas le moindre du monde par sa proposition, mais j'étais émue qu'un homme m'offre un bijou si cher, et très vite j'entrais dans mon monde imaginaire, je n'entendais plus rien de ce qu'il disait, j'étais dans ma bulle.

Très discrètement, je vérifiais d'un oeil intéressé si la bague était vraiment en or en cherchant le sceau du bijou pour voir de combien de carats était t'il composé. Mes grosses narines d'Asiatiques se déployèrent vers l'extérieur lorsque je ne trouvais pas le sceau, m'avait t'il offert un bibelot en or plaqué?

Fausse frayeur, le sceau était là, ce connard avait quand même acheté une bague en or. Au moins c'était un connard généreux à défaut d'être un connard sincère.

Musclor me revint soudainement à l'esprit comme un coup de boomerang, Musclor ne m'avait jamais rien offert.

Juste sa sincérité, son odeur, sa protection, ses yeux bleus transis par l'amour, sa compréhesion, son amitié, sa fidélité dans l'infidélité...

Ses muscles.

Sa voix résonnait au fond de moi:

-Quoi qu'il arrive, qui que je rencontre, je t'aimerai toujours comme un fou.

D'un coup, je posais la bague sur la table et je demandais du temps pour réfléchir.

Une semaine après, je mis fin à mon histoire avec mon ex, et je mis également fin à mon histoire avec Musclor.

Et donc par la suite c'était la dépression en peignoir et en pantalons troués.